Passage vers Charleston

Foxtown 26.92509°N 077.79297°O
Great Sale Cay 26.98874°N 78.21436°O

3 au 9 mai. C’est avec de bons souvenirs de Green Turtle Cay que nous avons quittés pour Great Sale Cay en prévision de la traversée vers Charleston en Caroline du Sud. Les vents du sud, plus forts que prévus, nous auront forcé à couper le trajet en deux et à trouver refuge à Foxtown en attendant que la vague ne baisse au mouillage de Great Sale.

Cela nous aura donné l’occasion de regarder passer les grains à la fois au mouillage et en route le lendemain pour notre dernier arrêt aux Bahamas. Le mois que nous avons passé aux Abacos en aura été un d’extrêmes; soit nous n’avions pas assez de vent pour gonfler le spi, soit des grains violents nous tombaient dessus sans avertissement.

Le soleil sort entre deux grains
Ciel dramatique en route pour Great Sale Cay
Une fois à Great Sale Cay et en prévision du passage de 420 NM en mer qui nous mènerait à Charleston, nous en avons profité pour inspecter le haubanage et les drisses, faire un dernier changement d’huile, vérifier le moteur et cocher chaque items sur la liste que nous trainions depuis quelques semaines. Nous en avons aussi profité pour cuisiner dans le calme de la baie. Ce sont finalement des fèves au lard, du chili et deux pâtés chinois qui sont sortis de ma minuscule cuisine. Si la météo décidait de nous faire des surprises, nous ne serions pas pris à manger des nouilles ramen en attendant que ça passe.

Un dernier coup d'oeil à l'eau turquoise des Bahamas...
et une inspection en règle du haubanage.
Nous comptions sur Great Sale Cay pour obtenir les derniers fichiers météo, ayant entendu par d’autres équipages que la réception Internet était encore bonne dans le mouillage. Ce ne fut pas le cas, le dernier fichier est finalement arrivé par courriel à une dizaine de mille de l’ile alors que nous nous approchions de la dernière tour BTC des Bahamas. En tout, ce sont 5 secondes de chance qui nous auront permis d’être à jour alors que nous étions déjà partis. Au moins la NOAA émet des bulletins météo offshores sur la radio SSB alors nous n’étions pas complètement dépourvus.

Avec les vents à composantes sud annoncés pour la semaine, nous avons décidé d’aller rejoindre le Gulfstream le plus rapidement possible avant de mettre le cap au nord. Avec une météo incertaine, il aurait été préférable de rester plus au large, loin du courant océanique qui peut devenir très dangereux quand les vents s’y opposent; mais dans le cas qui nous intéresse nous aurions été fous de ne pas profiter du convoyeur qui nous montait vers le nord à plus de deux nœuds.

Nous aurions dû partir 12 heures plus tôt afin d’éviter de nous faire prendre dans le cœur de la haute-pression et de rester dans un régime de vents plus stables, mais pour différentes raisons ce n’est pas arrivé. Ce sont donc 66 heures de vents faibles et variables, dont 57 à moteur, qui nous ont accompagnées jusqu’en Caroline du Sud.

Mais où est donc passé le vent?
Cormoran au décollage
Le matin du deuxième jour nous étions bien décidé à éteindre le moteur et à sortir le spi, mais ce dernier a décidé de faire grève. Ça ne fini jamais les protestations sur ce bateau! La chaussette ne montait plus, elle était coincée. Une inspection rapide aura confirmé ce dont je me doutais déjà, la poulie de tête était endommagée et les cordes de la chaussette s’étaient coincées dans le plastique fondu. En route pour Great Sale Cay, nous avions rencontré des rafales à 22 nœuds sous spi et j’avais eu beaucoup de difficultés à l’affaler. Je pensais que c’était seulement la force du vent qui me causait des problèmes, mais avec le recul, je me rends bien compte que la poulie était probablement déjà endommagée. Nous avons décidé de réparer une fois à Charleston, ça ne valait pas le coup de risquer de déchirer le spi en l’ouvrant dans la cabine seulement pour économiser quelques gallons de diésel.

Nous avons donc eu une traversée très calme, agrémentée de notre moteur d’autobus en sourdine (bien disons une grosse sourdine). Le matin du 3e jours Michel est venu me réveiller avant le début de mon quart, il y avait des dauphins partout, probablement une trentaine! Un peu plus tard, un autre groupe est venu nous saluer, le plus expressif du groupe a fait un bon hors de l’eau et s’est retrouvé à ma hauteur dans le cockpit. Fantastique!

Les couchers de soleil sont toujours fantastiques
Nous avions discuté la veille d’éviter une zone militaire qui se trouvait sur notre route, mais avions finalement décidé de prendre nos chances; la zone est après tout ouverte à la navigation en dehors des exercices militaires. Pas de chance, vers 1000h ce matin là nous avons entendu le grondement sourd de chasseurs militaires nous survoler, suivi par quatre tirs de mortier. Le Coast Pilot #4 parlait d’un avertissement sonore plus discret, mais le temps n'était pas au questionnement; nous avons mis le cap à l’ouest pour un détour de 5 NM.

Le moment le plus marquant du voyage, fut lors de notre approche dans le chenal principal menant au port. Nous étions encore 4 NM au large, mais déjà, l’air humide embaumait la menthe et les feuilles mouillées. Encore plus près et c’était des effluves de fleurs sucrées qui remplissaient l’air. Je me souviens d’une expérience similaire à notre sortie de l’avion à Hawaii; nous avions été littéralement écrasés par l’humidité et l’odeur des fleurs tropicales. Je m’attendais d’ailleurs à la même chose à notre arrivée à Bimini en décembre, mais il n’y avait pas d’odeur. Mais ici, quel délice de pouvoir arriver en pleine nuit et d’être enveloppés par la terre, les arbres et les fleurs!

Nous avons finalement jeté l’ancre à Charleston vers 0100h du matin vendredi le 9 mai. avant de nous déplacer vers le Charleston Maritime Center où nous devions compléter les formalités d’entrée. Si tous les douaniers étaient aussi gentils et sympathiques que ceux que nous avons rencontrés ici, le monde serait merveilleux. La Caroline du Sud est franchement un endroit que nous aimons de plus en plus!

Un dernier coucher de soleil avant d'arriver
Après d'innombrables réparations et même une greffe de drapeau, il était que nous quittions les Bahamas.

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