Fabrication d'une conque musicale (conch horn)

Le chant d’un conch horn pour célébrer le coucher de soleil à No Name Harbour en décembre dernier m’a ramené presque trente ans en arrière. Je me suis souvenue du film Clash of the Titans où Perseus tuait la Méduse en regardant son reflet dans son bouclier et où Poseidon, ou était-ce son fils Triton, déchainait les flots en soufflant dans son coquillage. Je n’étais certainement pas bien grande à l’époque, mais l'appel primaire du conch horn m’a certainement marqué. Instrument primitif utilisé depuis le néolithique (env. 9 000 av. J.C. à 3 300 av. J.C.), le conch horn restera toujours pour moi un instrument de musique étroitement lié à la mythologie grecque et aux civilisations anciennes.

Ce qui est fascinant de cet instrument, tellement lié à la mer et aux peuples qui habitent ses côtes, est qu’il a voyagé aussi loin à l’intérieur des terres qu’au Tibet et dans les Andes. Au Tibet, la musique sacrée du dung-dkar (conque blanche) évoque la paix et appelle à la clémence des dieux. Au Pérou, une vingtaine de trompettes, vieilles de 3 000 ans, ont été retrouvées sur un site religieux pre-Inca (article très intéressant à lire ici). Plus près de nous, dans le bateau, notre coquillage attendait à son tour d’être transformé en instrument de musique; ni sacré ni céleste mais parfait pour rendre hommage à une autre superbe journée qui se termine. Voici comment s’est opérée la transformation.

Suite, à la découverte de notre conque en putréfaction sur la plage, nous avons entrepris de la nettoyer à grande eau et de la faire tremper dans l’eau de Javel pour la nuit. Après quelques jours à la laisser sécher au soleil, nous étions fin prêts à trouver qu'elle serait sa tonalité.

Notre conque prête pour sa transformation en instrument de musique
À l’aide du Dremel, moins romantique mais tellement plus efficace qu’une scie à fer, Michel a commencé à tailler le bout pointu du coquillage. La plupart des blogs recommandent de couper au troisième anneau à partir de la pointe, mais cela nous semblait un peu arbitraire considérant que la taille des coquillages varie beaucoup. Par exemple, celui que nous avons récupéré sur la plage n’était pas encore adulte. Si nous l’avions cueilli pour le manger, il nous aurait fallu le remettre à l’eau. Pour différencier les jeunes des adultes, il suffit de déterminer si le coquillage se termine en une grande lèvre épaisse et évasée (aussi appelé pavillon). Si oui, il s’agit d’un adulte. Si non, hop à l’eau!

Voici une conque adulte. Remarquez la taille de la lèvre.
Ainsi donc, Michel a retiré un anneau à la fois jusqu’à ce que nous puissions commencer à apercevoir la spirale à l’intérieur du coquillage. À partir de ce moment, j’ai commencé à essayer d’en jouer. N’ayant comme autre référence que le cor français, nous avons progressivement ouvert l’embouchure jusqu’à ce que le diamètre en soit confortable. Je n’aurais jamais pu imaginer que mes années à jouer du cor dans l’harmonie de mon école secondaire m'auraient un jour été utiles pour souffler dans une conque!

Quelqu’un habitué à jouer de la trompette ou n’ayant jamais joué d’un instrument de la section des cuivres préfèrerait probablement une embouchure un peu plus grande. Ceci me ramène à notre idée initiale d’y aller progressivement et de tester la conque au fur et à mesure de la taille.

Comme l’intérieur du coquillage est composé d’une grande chambre en forme de spirale, la pointe où toutes les épaisseurs de nacre se rejoignent est assez dense et le chemin pour laisser passer l’air n’est pas nécessairement évident ou suffisamment grand. Ainsi donc, après chaque coupe avec le Dremel, Michel creusait aussi l’intérieur de l’embouchure à l’aide d’un poinçon et d’un marteau. Cela nous a permis de réduire la restriction dans l’embouchure sans avoir besoin de l’agrandir outre mesure.

Même après les premières coupes, l'embouchure est encore pleine. Il faut la percer pour accéder à la cavité principale.
Une chose TRÈS importante dont il faut se souvenir à partir du moment où vous commencerez à faire des tests est que ce n’est pas parce que vous pensez avoir tout nettoyer que votre conque est nécessairement propre… Juste avant de couper le dernier anneau, j’ai pris une grande inspiration, prête à faire résonner mon instrument, et je suis passée à deux doigts d’aspirer du jus de conque macéré au soleil. Je ne vous dis pas l’arôme…

Après avoir déterminé que l’embouchure est confortable, il ne reste qu'à percer une dernière fois le coquillage pour permettre à l'air de circuler librement. Ensuite, un léger polissage de l'embouchure avec une petite pierre ponce pour le Dremel ou avec du papier sablé fin; et voilà, un conch horn fait sur mesure!

Au final, nous avons coupé la pointe jusqu’au deuxième anneau et le diamètre intérieur de l’embouchure mesure 13 mm. Comme référence, une pièce de dix sous canadienne mesure 17 mm. Ce n'est pas très grand; et il nous faut justement trouver une deuxième conque afin que Michel puisse s’en fabriquer une à sa taille. La mienne est beaucoup trop petite pour qu’il puisse en jouer. Entre temps, je vais continuer à sonner le coucher du soleil à défaut de pouvoir contrôler la puissance des océans avec ma mini-conque!

Voici l'embouchure de ma conque une fois terminée. La spirale intérieure est maintenant clairement visible.
Ma mini-conque trompette. Toute petite, mais étonnamment puissante!

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