De Bimini à Highborne Cay

La dernière semaine n’a pas été particulièrement propice à la rédaction du blogue. Depuis notre départ de Blue Water Marina à Bimini, la météo n’a pas été des plus clémente et les conditions de mer et d’ancrage me permettaient, tout au plus, de souper et d’aller dormir. Mon mal de mer semble vouloir se résorber, mais je suis toujours très étourdie à l’intérieur lorsque M roule dans la vague et, dernièrement, M roule beaucoup. Voici donc une synthèse rapide de la dernière semaine.

Nous avons quitté la Marina Blue Water samedi matin en compagnie de New Liverpool pour aller nous mettre à l’ancre près du site de Bimini Road, aussi connu sous le nom Road to Atlantis. Le site de plongé/apnée contiendrait des vestiges de la légendaire cité disparue de l’Atlantide. Nous pensions bien qu’avec l’aide du GPS et de l’annexe, nous serions facilement capables de trouver l’endroit. Comment difficile cela pourrait-il être de trouver des blocs de pierre de plusieurs tonnes déposés sur le sable blanc sur plus de 800 mètres? Pas exactement facile dans les faits. La visibilité était plutôt mauvaise samedi après-midi puisqu’il y avait beaucoup de sable en suspension dans l’eau. Nous avons cherchés, mais sans succès. Très philosophique, Michel a fini par conclure que si les pierres étaient sur place depuis quelques milliers d’années, elles pouvaient bien attendre que nous passions à nouveau dans le coin. De retour au bateau, comme le soleil se couchait, l’eau est devenue parfaitement limpide… Nous pouvions finalement voir tous les détails du fond, seize pieds plus bas. Un peu plus et je criais à la conspiration!

Si conspiration il y a eue ce soir là, c’était principalement entre le vent du sud et la houle qui nous arrivait droit de Cuba. Il y avait un peu de houle lorsque nous avions jeté l’ancre la veille, mais comme le vent devait passer au sud-est en faiblissant, nous pensions bien profiter de la protection de l’ile pour passer une nuit sans histoire. En final, la houle a monté et M a roulé TOUTE la nuit. À chaque fois que la mer semblait vouloir se calmer, une plus grosse vague arrivait et la frappait sur son travers. La vaisselle sale restée dans le lavabo nous a fait un concerto pour chaudrons et fourchettes jusqu’au petit matin, le tout agrémenté par une symphonie de pots contre les portes d’armoires et de bouteilles de vin en migration sous mon oreiller. Je me suis trouvée franchement chiche d'avoir rangé les bouteilles de vin avec aussi de peu de papier bulle sous le lit. Mais il était un peu tard… C’est donc avec le soleil et beaucoup d’empressement que nous sommes partis pour les Berries dimanche matin.

New Liverpool au mouillage de Bimini Road
En route pour Bullock’s Harbour, nous avons pêché un petit cero (painted maquerel) et quelqu’un avec de bien longues dents s’est régalé de mes deux pieuvres en plastique préférées… Quelques minutes plus tard, New Liverpool remontait un énorme barracuda. Ça expliquait bien des choses. J’ai, depuis, entrepris de modifier mes pieuvres restantes montées sur un fil en monofilament pour le remplacer par un en inox. Personne ne me volera plus mes leurres.

Un petit cero tout mignon
Il nous manquait environ deux heures de clarté pour arriver à Bullock’s Harbour, nous avons donc du dormir sur le banc en attendant que le soleil nous revienne. Nous étions aux premières loges pour l’arrivée du front froid en provenance du nord-ouest. Les énormes nuages étaient régulièrement illuminés par des éclairs. C’était magnifique et un peu inquiétant; mais les orages attendus ne se sont pas matérialisés. Le vent s’est même calmé durant la nuit pour nous permettre de bien dormir; la Bonine m'aidant certainement. Le lendemain, le front avait à peine bougé. Nous qui pensions que ces trucs là arrivaient à une vitesse folle.

À l'ancre sur le banc
Lever du jour sur le banc
Le front froid arrive tranquillement, presque stationnaire depuis la veille
Pas très sympathiques les nuages
Finalement arrivés à Bullock’s Harbour, notre seule et unique mission consistait à dénicher la boutique BTC et à rendre fonctionnelle notre connexion Internet. Si vous cherchez le magasin, il n’est pas en ville. La « boutique » est en fait située au pied de la tour de transmission dans un genre de cabane dédiée à l’entretien. Pour s’y rendre par la mer, il faut amarrer le dinghy sous le fuel dock, passer par la cours de la centrale électrique après avoir franchie une porte partiellement cadenassée et clairement marquée d’une pancarte « Keep Out. Danger. » et finalement avoir le courage d’ouvrir la porte grillagée de la boutique qui donne bien plus l’impression d’être un centre de contrôle qu’une boutique.

Comme toujours depuis notre arrivée aux Bahamas, il semblait y avoir un genre de rassemblement à l’intérieur, soit trois « clients » qui discutaient tout en préparant le sapin de Noël. Un des « clients » nous a finalement laissé savoir que personne n’était vraiment en file et que c’était à notre tour. Nous étions en fait les seuls clients, les trois autres passaient simplement le temps avec la préposée derrière son guichet vitré. Il faut bien s’occuper un peu! Après une heure de tentatives infructueuses, la dame a fini par réaliser que notre demande de service n'avait pas été soumise correctement au bureau chef...

Fuel dock et centrale électrique
La "boutique" est sous la tour, centrale électrique sur la gauche
Le lendemain, soit mardi, nous sommes partis pour White Cay en passant par le nord de Little Stirrup Cay et de Great Stirrup Cay avant de redescendre vers le sud le long de la côte Atlantique. Sur papier, l’endroit était parfait. Il y avait un blue hole à visiter sur Hoffman's Cay, de quoi faire de la plongée en apnée et assez de protection pour attendre que le front froid passe. À notre arrivée, des plongeurs ont signalé à New Liverpool que l’ancrage recommandé dans les guides était assez mauvais. Selon eux, à chaque année, des bateaux venus s’abriter d’un front finissent par décrocher et se retrouvent dans l'ile juste au sud. Ils nous ont donc guidé vers un meilleur endroit. Malheureusement pour mon mal de mer, lorsque le courant s’est inversé, M s’est mise à rouler pour la quatrième nuit consécutive. Il y avait bien un autre ancrage plus au sud où nous aurions pu aller, mais il est accessible seulement à marée haute. L’approche était de plus un peu douteuse et comme il n’y pas de service de remorquage dans le coin, nous hésitions un peu. Lorsque Nathalie et Benoit sont venus nous proposer de partir pour Nassau le lendemain, nous étions d’accord. La prochaine opportunité pour prendre la mer commençait à se dessiner pour le 24 décembre…

Au nord de Little Stirrup Cay
Descente vers le sud et vers le soleil
Arrivée à White Cay, paradisiaque
En chemin pour Nassau nous avons pêché un mahi-mahi de 36 pouces, taille officiellement enregistrée par Michel et son ruban à mesurer. Pensant me faire plaisir, il m’a laissé ramener le poisson jusqu’au bateau. Je ne sais pas qui de moi ou du poisson était le plus épuisé par le temps que nous réussissions à le monter à bord. Pauvre mahi-mahi, mourir aux mains d’amateur comme nous… Et moi avec mon mal de mer en train de le nettoyer dans six à sept pieds de vagues. Si quelqu’un a encore une idée romantique de la pêche sur un voilier, j’ai des nouvelles … Ça peut être sérieusement misérable et dangereux, du moins dans ces conditions. Le couteau à fileter aiguisé, le sang et l’eau salée qui rendent tout glissant, la vague qui nous projette d’un côté à l’autre du cockpit… À bout, j’ai finalement attaché le poisson à un winch en attendant que nous arrivions au mouillage pour finir le travail. C’est tellement plus simple à l’épicerie! Au moins je peux vous dire que nous l’avons apprécié et que nous l’apprécierons encore. Il y a tellement de viande que nous en avons offert à Léane et il nous en reste encore pas mal.

Mahi-mahi près du bateau, ses couleurs sont fabuleuses
Mais disparaissent rapidement... Oui, je n'arrive pas à le lever plus haut; je suis crevée et ça bouge trop. C'est la bouteille de rhum du poisson en passant, pas la nôtre.
Nous avons ensuite passé une brève nuit à Rose Island à l’est de Nassau pendant que New Liverpool se rendait à une marina pour panser ses blessure. En partant de White Cay ce matin là, leur davier s’est sectionné en remontant l’ancre. Il ne leur était donc plus possible de s’ancrer. Aux dernières nouvelles, ils étaient entre bonnes mains. Heureusement, car un bris comme celui là plus au sud aurait pu avoir des conséquences beaucoup plus problématiques.

Nous sommes finalement arrivés à Highborne Cay hier midi où nous avons retrouvé le voilier Léane. Ce fut une belle journée de navigation sur le banc à, encore, travailler fort pour dompter mon mal de mer. Dans la dernière semaine, notre navigation la plus confortable a été la traversée du Gulfstream. Avec les vents de 20 à 25 nœuds du nord-est qui sont présents depuis lundi, la mer s’est formée partout autour des iles. Le plus inquiétant, c’est que nous ne nous en formalisons même plus. Nous avons rapidement pris confiance en M et c’est clair que pour l’instant, nous atteindrons nos limites bien avant d’atteindre les siennes.

Je préparerai un message séparé pour Highborne Cay avec, si Internet le veut bien, une vidéo des iguanes de Allens Cay, des requins nourrices résidents à la marina et d’un superbe récif situé tout près de l’ancrage.

Comments

  1. Pour vos "mouillages rouleurs", où le vent est dans un sens et la vague dans un autre, connaissez-vous la technique de "faire croupiat"? On mouille l'ancre normalement, le bateau nez au vent. Ensuite on fixe le bout d'une amarre à la chaîne d'ancre, on laisse filer de la chaîne, et on ramène l'autre bout de l'amarre à l'arrière du bateau (sur un winch ou un taquet solide). En tendant l'amarre et/ou en relâchant de la chaîne, on amène le bateau nez à la vague... pour une nuit plus confortable! ;-)

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