Cale sèche

M est maintenant hors de l’eau et en tenue légère, sa peinture du printemps ayant presqu’entièrement disparue en moins d’une heure de lavage haute-pression. Même sans sablage, la couche originale est maintenant bien exposée. Mais du sablage, il y en aura. La coque sera mise à nue jusqu’au gelcoat (la couche protectrice appliquée à la fibre de verre lors du moulage), nous ferons ensuite appliquer de l’Interprotect (une peinture époxyde qui agit comme barrière pour prévenir l’ingestion d’eau dans la résine polyester) pour finir avec deux couches de peinture ablative. Nous en profiterons aussi pour faire appliquer de la peinture sur le tableau arrière, toujours submergé. Quatre batteries pesant 135 lb chacune et une génératrice logées dans la jupe, disons que ça déplace un centre de gravité. Les algues s’en donnaient à cœur joie dans le coin; mais à partir de la semaine prochaine, plus besoin de faire le gazon!

J’imagine que plusieurs d’entre vous doivent se demander pourquoi autant de tracas pour de la peinture. Laissez-moi donc vous expliquer à quoi sert une peinture antisalissure et croyez-moi c’est loin d’être décoratif.

La première chose à expliquer, c’est que, de la même façon qu’un récif artificiel peut être créé en coulant un navire, la coque d’un voilier, même à flots, est extrêmement attirante pour les algues, coraux et mollusques en tout genre à la recherche d’un petit bout d’océan pour s’établir. Dans les eaux froides de nos lacs nordiques, la croissance se limite à une fine couche gélatineuse au courant de l‘été et aussitôt l’automne arrivé, les bateaux sont mis en cale sèche et c’est la fin pour les algues qui essayaient de s’y installer. Par contre, plus l’eau est chaude, plus les microorganismes foisonnent et plus ils sont « agressifs » dans leur recherche d’un logement. Ainsi donc, sans peinture antisalissure, nous aurions besoin de plonger en moyenne une fois par semaine pour gratter et retirer tous nos locataires clandestins. Il y a des compagnies spécialisées en Floride où les plongeurs ne font que ça.

La peinture antisalissure est donc, dans les faits, une peinture bourrée de biocide, ou de cuivre selon les compagnies, qui prévient la croissance des algues et mollusques en tout genre. C’est un genre d’herbicide à bateau si vous voulez. Les nouveaux produits sont plus verts que les anciens; ne vous inquiétez-pas nous ne sommes pas à la veille de décimer des populations de baleines ou de dauphins avec notre peinture.

Dans le cas des peintures ablatives, c’est simplement qu’elles sont plus molles que les autres et qu’elles se polissent et s’usent avec le passage de l’eau sur leur surface, libérant en continue des biocides et gardant les locataires indésirables à bonne distance. Pensez à votre barre de savon sous l’eau, c’est le même principe.

Nous serons ici au moins jusqu’à lundi prochain, mais ce n’est pas grave puisque les travaux seront faits sous garantie. À partir de maintenant, le temps importe peu, nous sommes simplement soulagés de ne pas avoir à débourser quelques milliers de dollars supplémentaires. Ça nous donnera au moins le temps de visiter les environs de Washington en voiture et d’approfondir notre leçon d’histoire américaine.

chesapeake-bay
Les pieds dans l'eau ce matin...
La tête dans les arbres ce soir.
travel-lift
Disons qu'il n'en restait plus épais... Derrière, je finis de de retirer la ficelle prise dans l'hélice.
travel-lift
Un petit lavage sous-pression et hop, presque toute la nouvelle peinture est partie.

Ce qui est merveilleux des quais ici c'est qu'ils sont à la bonne hauteur! Plus besoin de crier banzaï en sautant sur le quai (quatre pieds plus bas), juste à enjamber la filière. Youppi pour moi!
He, he, Michel ne peut se sauver de la caméra lorsqu'il est à la barre ;)
thomas-point-lighthouse
Thomas Point Lighthouse (encore) à l'embouchure de South River
Notre voisin pour la semaine, les mâts sont en bois, comme tout le bateau en fait.

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